Célébrés en Espagne, où leurs tableaux sont depuis longtemps reconnus, les peintres espagnols de la fin du XIXe et du début du XXe siècle restent méconnus et peu (voire pas) exposés en France. Pourtant, dans une approche proche de celle des impressionnistes français, ils ont innové, avec un succès indéniable, dans l’utilisation de la lumière, des reflets et des couleurs. Le musée Goya de Castres a permis de réunir les œuvres de ces artistes dans une exposition, dont il ne reste plus que quelques jours pour venir en contempler les couleurs et la lumière.
Dalí, Picasso, Miró, Velázquez, Le Greco, Zurbarán et bien entendu Goya. Tant de peintres espagnols qui ont laissé l’empreinte de leur pinceau dans l’histoire de l’art.
Les XVIe et XVIIe siècles furent notamment marqués par Le Greco, Pacheco ou encore l’élève de ce dernier, Velázquez, qualifié par Manet de « peintre des peintres ». Goya, quant à lui, fut marqué par la grande période d’instabilité que traversait alors son pays, faite de crises politiques et de guerres. Enfin, le XXe siècle, qui fut quant à lui vivement caractérisé par l’émergence de la peinture surréaliste et abstraite, avec les Espagnols Picasso, Dalí ou Miró. Au regard de ce que nous connaissons de l’histoire de la peinture espagnole, l’exposition « Lumières d’Espagne » du musée Goya nous place face à notre méconnaissance de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Que s’est-il picturalement passé en Espagne entre Goya et Picasso ? C’est à cette question que l’exposition répond : Aureliano de Beruete, Santiago Rusiñol, Joaquín Sorolla, Darío de Regoyos, Antonio Muñoz Degrain ou encore Joaquín Mir.
Des notes impressionnistes
Ces peintres, honorés dans leur pays, sont mal connus, voire méconnus en France. Pourtant, c’est à Paris, alors considérée comme la principale capitale artistique européenne, que nombre d’entre eux se formèrent. C’est d’ailleurs par un tableau des quais de Scène de Paris (Crépuscule. Île Saint Louis , Santiago Rusiñol, 1890) que l’exposition « Lumières d’Espagne » débute.
S’articulant autour de trois salles, l’exposition nous offre un voyage à travers une Espagne lumineuse et colorée. Tout d’abord la Catalogne et le Pays basque, puis la Castille, avec des œuvres de Beruete – dont des tableaux représentant Tolède et la sierra (le massif) de Guadarrama, qui, réunis, prennent une tout autre dimension artistique. La saisie des variations de la lumière et de la perception d’un même sujet à différents moments de la journée, si chère à l’impressionnisme, s’y perçoit grandement (à l’instar des Nymphéas de Monet). Enfin, la dernière salle nous promène à travers l’Andalousie, les Baléares et la région valencienne. Ici aussi, l’impressionnisme se fait sentir. Avec les jeux de lumières, ce sont les couleurs (l’orange, le jaune, le bleu et le violet) qui sont omniprésentes. Dans les vagues de la mer, dans la végétation et les fruits des jardins ainsi que dans les sols arides de la Castille.
Des reflets dans la houle
Le parcours s’achève face à une œuvre signée Muñoz Degrain. Prêtée par le Thyssen Málaga, Marine. Vue de la baie de Palma de Majorque est une huile sur toile réalisée entre 1905 et 1910, au retour d’un voyage du peintre à l’Est de la Méditerranée.
Cette mer, qui occupe les deux tiers de l’œuvre, semble être le véritable sujet du tableau. Impressionnant par les reflets de la baie montagneuse dans une mer légèrement houleuse, il est imprégné d’une lumière diffuse qui reflète tout sur son passage. Le peintre saisit un instant bien défini, une véritable impression. Peut-être l’instant de la sieste du peintre (pareille à celle du marin à gauche du tableau) ainsi que l’expression artistique de son élève ? Car si la postérité a retenu le nom de Muñoz Degrain, la toile pourrait toutefois avoir été réalisée en collaboration avec son élève, Flora López Castrillo, selon une étude récente, signée Belén Ruiz Garrido. La chercheuse rapproche en effet cette œuvre d’une autre, Costa de Mallorca, présentée par Flora López Castrillo à l’Exposition nationale de 1917 (Madrid), dont les dimensions correspondent exactement à celles de Marine. Vue de la baie de Palma de Majorca, qui aurait donc changé de nom au fil des années.
Succès de l’exposition
Si samedi et dimanche derniers, lors des Journées européennes du patrimoine, les visites guidées de l’exposition ont rencontré un franc succès, le musée, contacté par nos soins, se dit également très satisfait de la fréquentation sur l’ensemble de la période de l’exposition (du 13 juin au 27 septembre 2026).
À quelques jours de la clôture de l’exposition, le musée estime à près de 15 000 le nombre d’entrées, avec un public non seulement départemental mais aussi international (de nombreux Espagnols étaient au rendez-vous).
Il faut dire que cette exposition est exceptionnelle dans l’histoire du musée par le nombre et la qualité des prêts qu’elle a réunis ; des toiles venues du Prado (Madrid), du Carmen Thyssen Málaga ou du Reina Sofía (Madrid), dont certaines sont des œuvres phares de leurs collections. Avec Lumières d’Espagne, le musée Goya semble avoir ouvert une nouvelle page dans ses relations avec les musées espagnols.
Des relations qui devraient faciliter la préparation de l’exposition d’envergure que le musée consacrera, en 2028, au bicentenaire de la mort de Goya.
Par Valentin Mena Belbecir — Culture


