Foulons, fond de bain, peaux, coulisses des usines, histoire ouvrière, peur de la précarité… Les enquêtes du capitaine Antoine Mercier et de l’inspectrice Sarah Delcourt entraînent les lecteurs au cœur de l’univers des tanneries et des mégisseries de Graulhet. En fin d’article, un extrait du premier tome en exclusivité pour les lecteurs d’Ipsum Média.
Au fil des pages de cette série policière en huit volumes, c’est tout le passé industriel de la ville du cuir qui resurgit. Un monde que l’auteur P. F. Kahouadji
connaît particulièrement bien puisqu’il a bercé son enfance et son adolescence :
“Mon grand-père maternel tenait une mégisserie, un de mes oncles aussi et une de mes grandes sœurs a travaillé pendant au moins 20 ans dans cet univers. J’ai aussi été ouvrier en tannerie et en mégisserie”, souligne-t-il.
Des histoires ancrées dans le réel
P. F. Kahouadji avait à peine 16 ans lorsqu’il a commencé à imaginer ces romans :
“J’avais déjà l’idée des personnages, mais aussi des usines graulhetoises en toile de fond. Ensuite, toute ma vie, j’ai pensé aux intrigues.”
Quarante-quatre ans plus tard, les deux premiers volumes de la série viennent de paraître : _“Meurtres en tannerie: La vérité a l’odeur du soufre”_ et _“Le Galetas des absents”.
Ces polars sociaux, qui se lisent d’une traite, séduisent par leurs accents de vérité. L’auteur dévoile en effet d’autres facettes de l’ancienne capitale mondiale du cuir : à travers la fiction, il raconte la mémoire ouvrière, les non-dits, la peur du chômage, ou le poids de la loyauté familiale.
“C’était important pour moi de parler des femmes et des hommes qui ont fait Graulhet, et de remettre cette cité dans la lumière”, explique-t-il.
La troisième enquête de Mercier et Delcourt, La Tournée des Oubliés, se déroule également à Graulhet. Avec un angle toujours aussi original : en tant qu’ancien agent de salubrité, l’auteur a choisi de situer son histoire dans le milieu des éboueurs. A paraître en octobre.
Une valorisation des villes, des métiers et du patrimoine de l’Occitanie
Si chaque tome peut être lu séparément, un fil rouge relie les différentes intrigues.
“Chaque enquête est résolue par la logique, grâce à l’accumulation d’indices matériels et humains. Mais elle fait aussi avancer l’histoire personnelle de Mercier et Delcourt”, précise P. F. Kahouadji.
Les lecteurs apprécieront aussi de découvrir l’Occitanie autrement. En effet, au-delà de Graulhet, ces romans mettent un coup de projecteur sur les savoir-faire et les lieux emblématique de la région : Albi et la cathédrale Sainte-Cécile, Castres, Lavaur, Mazamet, et Toulouse.
D’ailleurs, même s’il vit aujourd’hui en Normandie, P. F. Kahouadji a toujours de fortes attaches familiales dans le Tarn. Il a donc décidé de faire traduire ses ouvrages en anglais pour contribuer à son rayonnement dans le monde.
Des romans policiers qui soutiennent une innovation inclusive
Confronté à la réalité du handicap, P. F. Kahouadji connaît bien la complexité administrative qui épuise les malades, les aidants et les professionnels.
“Il existe un mot qui use plus que les autres : refaire. Refaire un dossier. Rechercher une pièce.”
Reprendre une explication. Demander un nouveau certificat. Reconstituer une chronologie. Reformuler un besoin pour qu’il soit compris par quelqu’un qui ne vous a jamais rencontré” , raconte-t-il dans son autobiographie Mon corps m’a arrêté. Pas ma vie.
Pour répondre à cette détresse, il a lancé le projet ClariDroits. Porté par l’intelligence artificielle, cet outil aidera à mieux comprendre les démarches, à préparer les dossiers et à trouver les bons interlocuteurs, sans se substituer aux organismes compétents ni à la décision humaine.
Une démarche engagée de bout en bout : les bénéfices de la vente des livres financeront le développement de ClariDroits. De plus, l’ensemble des volumes des Enquêtes de Mercier et Delcourt sera décliné en version audio pour offrir une accessibilité maximale à tous les lecteurs.
Un extrait en exclusivité pour Ipsum Média
Voici quelques lignes issues de “Meurtres en Tannerie” :
“La Tannerie des Frères Vasseur occupait un repli de la vallée du Dadou comme une forteresse fatiguée. Des extensions de tôle avaient poussé autour du bâtiment d’origine, en briques sombres, jusqu’à former un ensemble sans âge. On y travaillait le cuir depuis assez longtemps pour que chacun, à Graulhet, possède un parent qui y avait usé ses poumons, son dos ou sa patience. L’odeur s’accrochait aux vêtements. Les enfants la reconnaissaient sur leurs pères avant même qu’ils n’ouvrent la porte.
Gilles avait connu l’époque où les sorties d’équipe remplissaient la rue de vélos et de mobylettes. Son grand-père travaillait déjà ici, son père aussi. Lui avait commencé à dix-neuf ans avec l’idée de rester jusqu’au prochain été. Il reconnaissait un cuir abîmé en le prenant entre ses doigts et un moteur fatigué avant que les autres l’entendent. Il avait vu fermer des ateliers, partir des machines et disparaître des gestes que les anciens croyaient éternels. Ceux qui restaient devaient désormais savoir tout faire.”
Par Nathalie Anjou